axel bauer

cargot de nuit

# Posté le mercredi 12 mars 2008 15:38

maroon 5

this love- cet amour

# Posté le samedi 15 mars 2008 14:18

Modifié le samedi 15 mars 2008 15:31

maroon 5

makes me wonder

# Posté le samedi 15 mars 2008 15:26

une lourde porte....

une lourde porte....
Une lourde porte se referme avec le discret cliquetis du verrou. Inéluctablement le piège se resserre sur elle, une impression plus précise que durant le trajet. L'excitation du danger et cet instinct qui la fait hésiter, la pousse à résister pour s'enfuir. Mais toute sa vie, Marie a attendu ce moment. Elle le sait à présent. Le destin s'emballe parfois si vite... une soirée passée dans une boîte de nuit et le hasard d'une rencontre au comptoir. Dans une ambiance indescriptible, ils partageaient une longue discussion. Cette attirance que lui suscitait sa voix... ou bien était-ce son sourire un peu charmeur. Un délicieux mélange. Peu à peu, l'inéluctable ensorcellement faisait effet entre eux. Elle pensait ne plus pouvoir croire en l'amour. Mais en sa présence, Marie oubliait ses malheurs, cette timidité héritée de ses anciennes déceptions amoureuses. Il répondait à ses attentes, ses envies et tant d'autres choses inconnues de sa raison. L'accueil de son épaule durant les danses, lui donnait une nouvelle assurance. A la table de ses amis, ses mots avaient su la réconforter. Pouvoir sourire et à nouveau espérer... Voila ce qu'elle venait retrouver. De cette attirance si forte, avait germée en elle ce désir de se sentir vivre pleinement... exister dans ses bras, ne serait-ce qu'une fois. Tout était si vrai qu'elle n'éprouverait aucun regret.

Dans l'entrée faiblement éclairée, ce face à face immobile, celui d'une proie qui désire son prédateur. Il avait quitté sa veste et ne portait plus qu'une ample chemise blanche au col large. Sa peau au teint pâle contrastait avec ses cheveux ténébreux en catogan. Toujours ce regard, intense reflet de son âme qui la transperçait. Dans son c½ur affolé, un sentiment indescriptible... peut-être l'attirance vers l'inconnu, ces ténèbres insondables dans lesquelles elle désire secrètement se perdre. Il s'approcha d'elle. Ses yeux sombres la fixent dans un mélange d'envie et de compassion. Une main caresse sa joue : « As-tu peur de moi ? », petit hochement de sa tête « Non... tu me fascines. ». Ils échangent un sourire complice avant de s'embrasser.

Avec un geste très prévenant, il la débarrasse de sa veste. La fraîcheur de l'air vient raffermir sa peau. Son regard prend le temps de l'admirer dans toute sa beauté. Un bustier noir lassé dans le dos, dévoile ses épaules et soutient sa poitrine tandis qu'une jupe aussi sombre affine sa taille et dissimule le haut de ses bas. Sa chevelure noire descend jusqu'à ses épaules, enserre un visage au regard un peu triste. Les traits graciles de ses pommettes renforcent le rouge timide de ses lèvres, où un sourire vient cristalliser le courage et la joie en elle. Sa peau, fine et douce de jeunesse, rayonne de cette senteur inoubliable, fragrance tellement attirante... seulement dépassée par la clarté de sa voix. Un tendre baiser dans le cou... « Tu es si belle » dépose sa voix suave au creux de son oreille alors que de sa main il l'entraîne. Marie se laisse conduire le long du couloir sombre. La tension et l'excitation à leur comble, le moment était venu.

Dans son esprit une impression, celle de n'avoir vécu que pour vivre cet instant. Main dans la main, ils arrivent dans une chambre où danse la lueur de trois bougies... intime décor composé d'un lit à baldaquin aux draps de soie noir. Un nouveau murmure «... je te désire tant ». Glissement de ses mains sur ses hanches, il s'allonge sur le lit. Sa main tendue vers elle, l'invite à le rejoindre. Une ultime hésitation. Puis s'enterrent ses derniers doutes tandis que s'envole son désir d'être auprès de lui... s'adosser contre son torse et se laisser enlacer par ses bras. Elle se sent enfin en sécurité. Sur ce confortable autel de soie noire, s'abandonne l'heureuse offrande au dieu des plaisirs. Sa tête penchée sur son épaule, elle admire son visage tandis que des mains vagabondes sur son corps... Caresses envoûtantes et ce souffle qui glisse sur la peau nue de ses épaules... Quelle étrange sensation de flottement, de légèreté dans son c½ur. Un frisson de plaisir répondant au froissement des tissus et de leur peau... pincement de ses lèvres tandis que grandit cette envie de l'embrasser. Lentement les mains glissent le long de son ventre plat vers sa poitrine. Elle sent une douce pression, expire de plaisir. Une mélodie susurrée accompagnant ces gestes « Je te désire tant... ». Une habile pression de ses doigts fait raffermir son galbe. Il n'a qu'un sourire comme seule réponse et continue « Me fais-tu confiance ? ». « ...oui. » Souffle d'une confession à peine audible. Dans ses mains, un long ruban noir, léger contact du tissu qui glisse autour de son cou puis lentement vient lui couvrir les yeux : « Alors laisse moi te guider ».

Une main allant à sa guise le long de ce corps encore enveloppé de noir et voila que commence le bal des caresses. Une parade de langoureux passages afin que s'éveillent toutes les parties de son corps à la pression habile de ses doigts. La jupe remonte au gré du désir et découvre peu à peu ses cuisses. Pétale d'une rose noire que l'on effeuille, le bustier se retrousse sur la blancheur de ses seins. Il en contemple le gracieux mouvement haletant. Comme si privée de la vue, Marie devenait plus sensible, l'excitation des contacts allaient droit à son c½ur. Elle se sentait fondre dans un océan de plaisir et totalement charmée, se laissait aller à l'abandon. L'exquise beauté de la soirée commençait à se révéler. Sa lèvre frémissante appelant un baiser, il l'embrassa alors que sa main glissait entre ses jambes, pénétrant jusqu'à son intimité. Caresse languissante des doigts et de la langue, son torse se dérobe et elle s'allonge. Son regard la dominant un instant, il couvre ensuite de baisers ses joues, lèvres et seins. Une main caresse ses cotes, son nombril puis son bassin. Ses doigts se referment sur le tissu de sa culotte qui finit par disparaître le long de ses jambes. Ses genoux se resserrent, résistance qui attise le feu de la passion. Ses mains s'immiscent et lentement écartent ses cuisses avec la délectation de cet instant partagé. Le désir monte en lui, sa ceinture tombe et il finit de partager sa nudité. Le bandeau sur ses yeux retiré, Marie lui lance alors une voluptueuse invitation pour la rejoindre.

Sa proie acquise et son désir attisé, il se penche sur elle. Ses mains lissent ses cheveux si noirs, passent sur sa poitrine puis se calent sur sa taille. Un dernier échange de regard et les corps s'unissent enfin. Dans une plainte de bonheur, ils fusionnent. Allant et venant, débute lentement leur danse d'amour... la communion des corps, hérauts de tendresse et de passion. Félicité, ivresse et exaltation : ces mots emplissent leur être et leur c½ur. Les assauts de hanche, tantôt tendre, tantôt bestiaux, savourent ce corps délicieux. Elle, si vulnérable au plaisir, trépigne de ses cuisses, l'appelle à un contact plus intense et le presse plus fort contre son corps. Sur sa poitrine, l'humidité soyeuse de sa langue contraste avec le piquant de ses dents. Ses petits cris de délivrance et de plaisir, éveillent l'appétit tandis que son souffle rauque la fait frissonner. Le matelas tangue au gré des coups de reins accompagnés du bercement de ses seins... ils se parent de la moiteur de l'effort.

Un court instant de lucidité... Combien de temps lui reste-il ? Marie ne veut pas se poser la question ni réfléchir à ce qui l'attend. Seul l'instant présent compte, ce plaisir sans fin, cette jouissance intense. Comme la fleur qui s'épanouit à la brûlure du soleil, elle profite de ce bonheur éphémère. Ses soupirs se font de plus en plus courts tandis qu'elle resserre entre ses jambes ce désir vibrant. A nouveau, un mélange frénétique de caresses et de baisers s'ajoute au balancement des corps, renversements, échanges de position... Chacun à son tour, domine et mène le bal. Volupté des corps, peau contre peau ils explorent de nouveaux sens. Un premier spasme, la valse s'accentue... sentir cette onde monter en elle alors que tout s'accélère. Sa gorge gonflée d'un soupir, Marie frémit, se contracte. Son dos se cambre alors qu'elle ferme les yeux et se mord les lèvres. Défaillir dans cette explosion de sensation, une clameur s'échappe de sa bouche suave. Comme s'il l'avait attendue, ne tarde pas à suivre son râle de passion consommée. Elle se relâche, épuisée par cette jouissance tandis qu'il retombe soulagé à ses côtés.

Suit une silencieuse contemplation... ils s'observent. Dans son regard, elle sent une autre faim. Un désir plus sombre, refoulé et qui pourtant la captive. Encore essoufflée, elle s'imagine au bord d'une falaise surplombant le néant. Ces ténèbres profondes et mystérieuses, où son regard s'attire et se perd... elle entend cet appel qui la pousse à aller un peu plus loin... « Ne t'arrête pas là. » Marie se rapproche, enlace son cou et le fixe du regard. « ... Donne-moi cet ultime baiser... Laisse-moi mourir dans tes bras ». Penchant sa tête de côté, elle lui offre sa gorge. Un reflet d'hésitation passe sur son visage, mélange de tentation et de culpabilité. Il n'ose prendre celle qu'il aime et bafouille. Affirmant son courage elle le toise et l'attire à nouveau. Plus qu'un pas avant de se jeter dans l'inconnu, se soumettre à la chute et espérer se raccrocher à ses lèvres. Elle colle cette bouche fatale contre son cou, douce promesse d'une extase qu'elle redoute.

Inconsciemment il goûte sa peau, sent cette veine si attirante renfermant ce dont il a tant envie de s'abreuver. Il se presse contre elle pour mieux vivre cette dernière étreinte, pose une main sur son sein et entend le doux battement de ce c½ur suppliant... pointe d'un désir commun, une ultime caresse du tranchant de ses dents avant de plonger dans sa chaire. Un petit cri. Elle inspire de surprise, tente de se raccrocher à l'air alors qu'au creux de sa gorge elle sent sa vie s'enfuir dans le plaisir. Son ventre se crispe, elle se cambre comme happée par ce profond baiser. Une main vient la soutenir au niveau des reins et mieux l'offrir sur l'autel du sacrifice. Sans relâche il boit l'exquis nectar de vie, obéissant à sa nature bestiale de vampire. Calmement elle expire sa vie, ferme les yeux et oublie le monde autour d'eux. Son esprit et ses bras ne se raccrochent qu'à lui, pour mieux vivre et faire durer ce transport... gracieuse sensation de flottement. Son esprit bercé d'effluve du nirvana, se sent glisser paisiblement hors du monde. Elle voudrait que cet instant dure encore mais déjà ses forces l'abandonnent. Sa chaleur ravie par ces lèvres, l'air vient à lui manquer... l'évanouissement n'est déjà plus loin. Doucement son c½ur s'immobilise, elle ne sent déjà plus partir. Sa conscience se ferme à cette chute sans fin et disparaît dans les ombres. Elle se relâche en un corps inerte, le visage rayonnant... De ses dents il a cueilli, cette délicate rose noire dont peu à peu il a bu toute sève.

Étendue à coté de lui, se trouve la seule personne qu'elle avait aimée. Devant ce sourire à présent sans vie, grandit dans son c½ur le malaise de la solitude. Elle est partie dans un paisible oubli, le laissant contempler sa beauté dont il se savait indigne. Sa dernière passion perdue, pourquoi continuer encore cette mascarade de vie ? Il se lève, ouvre les volets puis retourne chérir dans ses bras le corps de Marie. Cela fait bien trop longtemps qu'il n'a pas vu le soleil se lever...

# Posté le mercredi 19 mars 2008 12:04

Modifié le samedi 22 mars 2008 07:06

a l'heure dites

a l'heure dites
A l'heure dite le téléphone sonna.
Il décrocha et la petite voix demanda :
- Tu m'écoutes ?
- Je t'écoutes, répondit l'homme.
- Voilà, j'ai onze ans, je m'appelle Justine et je suis une fille. Je suis toute seule a la maison. Je n'ai pas de soeur, mais j'ai deux grands frères, un chat et des poupées. Mon père, il est parti, c'est ma maman qui me l'a dit ; il est malade, en ce moment il est dans une clinique pour les drogués. On le soigne pour qu'il ne prenne plus de drogue, parce qu'il en prenait beaucoup, et ça se voyait tout le temps même quand il venait me chercher à l'école, je me cachais pour pas que l'on me voie avec lui, j'avais honte. On avait l'impression qu'il dormait tout le temps, même quand il marchait.
Ma maman, elle travaille toute la nuit, je ne la vois jamais, parce que, dans la journée, elle dort.
Elle est danseuse, ma mère, elle danse pour des hommes assis devant elle et ils l'aiment beaucoup parce qu'ils l'applaudissent tout le temps ; c'est elle qui me l'a dit.
Mais moi, je suis toute seule la nuit, et je m'ennuie et je m'ennuie...
A ce moment-là, la petite fille s'arrêta de parler, elle avait tout raconté d'une traite, rapidement, sans émotions ; un peu comme si elle récitait un poème devant sa maîtresse à l'école.
Et l'homme, lui, l'avait écoutée en silence.
Alors, il y eut pendant encore un moment ce joli silence, chacun d'entre eux entendait de l'autre juste le faible bruit de sa respiration dans l'écouteur.
Et puis l'homme lui demanda :
- Mais qu'est-ce que tu fais toute seule la nuit quand tu t'ennuies, et tes frères, il ne s'occupent pas de toi ?
- Non, personne ne s'occupe de moi, et moi je fais ce que je veux, je fais ce que je veux, dit Justine presque agacée, brisant la tonalité douce de sa petite voix.
Quand mes frères vont dormir, je vais dans la chambre de ma mère et j'ouvre ses tiroirs et ses armoires et je fouille dedans. Et puis je me maquille le visage comme elle et je m'habille comme elle, avec ses vêtements de dame et puis je mets un soutien-gorge, tu sais je commence à avoir de la poitrine maintenant, et puis aussi je fume des cigarettes, j'aime bien parce que, sur le filtre, il y a les traces de mes lèvres rouges , j'aime bien ça. Et puis je m'allonge sur le grand lit avec Lulu, c'est mon gros chat, il est gris et je ne l'aime pas parce qu'il dort tout le temps...
Et l'homme s'imaginait alors cette petite fille sur le lit, maquillée maladroitement avec un corsage trop grand pour elle et...
Et Justine se mit à chuchoter, à parler tout bas dans l'appareil...
- Et puis, je t'appelle, parce que je pense à toi, je t'appelle...
Et puis... elle raccrocha.
- Et ouis quoi !... allô, allô !
Le lendemain, à l'heure dite, le téléphone sonna et il décrocha l'appareil et la jolie petite voix demanda :
- Tu m'écoutes ?
Et l'homme répondit :
- Oui je t'écoute , Justine.
Cette nuit la petite fille paraissait boudeuse et peut-être un peu triste aussi.
- Voilà, je ne veux plus aller à l'école, je ne veux plus y aller, j'ai plus envie, je n'aime personne làbas, ce sont tous des cons et des idiots, j'ai plus envie, c'est fini, j'irai plus.
- Mais pourquoi, il s'est passé quelque chose de pas bien aujourd'hui ? demanda l'homme.
- Non, il ne s'est rien passé, rien du tout, comme d'habitude, il ne se passe jamais rien là-bas et je m'y ennuie, c'est tout. Là-bas, j'attends toute la journée, et il ne se passe rien. J'attends que l'école commence pour que cela finisse plus vite, mais les journées sont trop longues et ça n'en finit jamais. J'attends que l'on m'apelle au tableau mais on ne m'appelle jamais. J'attends que les garçons m'embrassent pendant la récréation mais ils ne le font pas, où alors ils ne savent pas. J'attends que l'on me raconte des trucs impossibles mais on m'apprends que des choses stupides.
Voilà, c'est tout, j'attends là-bas pour rien, toute la journée car il ne s'y passe jamais rien, j'aime pas ça, j'ai l'impression que je n'existe pas. J'irai plus, voilà.
- Mais tu ne peux pas ne plus aller à l'école, Justine, tu as encore besoin d'apprendre, tu es comme toutes les petites filles et les petits garçons de ton âge, tu es encore si petite, dit l'homme, inquiet, mais qu'est-ce que tu vas faire si tu n'y vas plus ?
- J'irai brûler toutes mes poupées dans un grand champ de blé, voilà, voilà ce que je vais faire, dit-elle presque menaçante. Oh ! et puis non, je les ferai plutôt griller dans le four de la cuisine, oui ! c'est ça, je les attacherai toutes nues, et puis j'allumerai le four, je le mettrai à 250 degrés et puis je regarderai à travers le vitre, j'aimerai ça, et aussi j'y mettrai Lulu, par la même occasion, lui aussi. Voilà ce que je ferai, et ça sera plus drôle que l'école, ça c'est sûr, voilà salut !
Et elle raccrocha.
La petite fille avait encore dit tout ça si naturellement, mais avec dans la voix un peu plus d'excitation qu'à l'accoutumée et l'homme l'avait écoutée, comme toujours. Le lendemain comme la veille, à l'heure dite, il s'approcha du téléphone et attendit la sonnerie.
- Tu sais, la seule et unique personne que j'aime après mon papa, c'est mon grand-père, mais il est malade lui aussi il est tout le temps assis sur un fauteuil, toute la journée, il est devant la fenêtre de sa chambre et il regarde les sapins dans le jardin. On dirait qu'il essaye de faire quelque chose, on dirait qu'il essaye de rêver... Peut-être qu'il pense à quelqu'un, mais personne ne le sait parce qu'il ne parle plus, mais moi je le sais son secret, je suis la seule à le savoir, à qui il pense, cela se voit dans ses yeux, et puis ma grand-mère est morte alors... Alors des fois, je vais le voir, et je m'assois sur ses genoux et je lui fais des câlins, et je lui dis très fort que je l'aime, d'ailleur je m'habille exprès en robe ce jour-là parce-que je sais qu'il aime ça, j'écarte un peu mes jambes et il me tripote en dessous, et puis après, il s'endort. Ca lui fait plaisir à mon grand-père, j'en suis sûre, alors je suis heureuse ces jours-là et je pleure...
Parce que tu sais, je me sens inutile, oui c'est ça, inutile, je n'ai plus de papa, ma maman est absente tout le temps et mes frères n'en ont rien à foutre de moi, alors je me sens inutile, pour la vie...
Et comme la veille, il y eut le silence, et comme les autres jours, il y eut le bruit léger, le souffle doux des 2 respirations.
- Tu m'écoutes toujours monsieur, demanda alors une petite voix au bord des larmes.
- Oui je t'écoute Justine...
On aurait dit que lui aussi était au bord des larmes.
- Tu sais, hein ! mes parents sont séparés.
Et comme hier, elle raccrocha, subitement.
Quand le téléphone sonna le lendemain, l'homme était assis dans le couloir, comme les autres jours.
Il avait éteint la lumière dans l'appartement, il était pratiquement dans le noir, il pensait que l'obscurité convenait à cette conversation. Il devait avoir la quarantaine, peut-être un peu moins, il n'avait pas d'alliance au doigt. Il était vêtu simplement d'un caleçon blanc trop grand pour lui. Il essayerait sans doute, comme les autres jours, d'imaginer le visage, le corps, le style aussi qui pouvait coller à cette voix de petite fille, cette voix de la nuit, la voix de Justine.
- Depuis que mon papa est parti à l'hôpital, ma maman, elle va avec d'autres papas... elle fait l'amour avec eux, ça se passe toujours le dimanche, je les ai vus. Ils sont tout nus sur le lit et ils n'arrêtent pas de se toucher et de se caresser, et maman, elle crie souvent, je trouve ça rigolo de les regarder, je me cache derrière la porte et je vois tout et eux, ils ne voient pas, d'ailleurs ils s'en foutent que je sois là ou pas, ils croient que je dors dans ma chambre.
La voix presque brisée, l'homme dans le couloir demanda :
- Et tes frères, qu'est-ce qu'ils pensent de tout ça !
- Mes grands frères ? Mais ils s'en foutent aussi et puis ils font la guerre avec les fourmis, répondit simplement la petite fille. Ils bombardent avec du feu toutes les fourmis qu'il y a dans le jardin, alors elles brûlent vivantes sous nos yeux, elles doivent avoir mal parce qu'elles se tortillent, moi j'aime bien regarder.
Mes deux frères, ils font ça avec des bouteilles de lait vides, en plastique. Ils les mettent au bout d'un bâton en bois et ils l'enflamment. Après il y a des milliers de gouttes de feu qui tombent sur les fourmis. Mes deux frères ils disent que c'est comme au Viêt-nam, les bombardements au napalm, c'est la guerre contre les fourmis. Quand elles reçoivent la pluie de feu, elles courent de tout les côtés, elles essayent de s'échapper, mais c'est impossible ; mes deux frères ils sont les plus forts. Mais c'est dommage qu'on ne les entende pas crier, les fourmis, parce que cela doit faire très mal. Tu sais si ça crie, les fourmis ? Moi j'aimerais bien les entendre crier.
- Oui, ça crie les fourmis, Justine, mais elles sont tellement petites que tu ne peux pas les entendre, c'est dommage hein !
- Oh oui, c'est dommage.
Et puis en chuchotant elle lui dit encore :
- J'ai envie de coucher avec toi, j'ai envie de faire l'amour avec toi aussi, comme maman et les autres, j'ai envie que l'on soit tout nus tous les deux et que tu me caresses et que tu me touches et que tu aies du plaisir comme maman, oui j'ai envie de ça, j'ai envie de te fais plaisir. Je t'aime et ouis de toute façon quand je me déguise en maman, je me masturbe en pensant a toi.
- Tu te quoi ?
Comme les autres jours, à l'heure dite, elle raccrocha.
Et l'homme se retrouva une nouvelle fois seul avec l'appareil à la main et là il se mit a pleurer, à pleurer fort et à crier aussi, tout seul dans l'appartement sombre, et des larmes glissèrent sur sa bouche et ses lèvres se trempèrent de salive et de larmes. Les sanglots durèrent longtemps encore, et parfois on l'entendait murmurer : " Moi aussi je t'aime, moi aussi... "
Le lendemain à l'heure dite, le téléphone resta muet, l'homme devant l'appareil ne bougeait pas et restait immobile. Cette nuit- là, le téléphone ne sonna pas, cette nuit, ni les deux suivantes, et l'homme devint de plus en plus inquiet, de plus en plus triste aussi.
Justine lui manquait.
La quatrième nuit, à l'heure dite, le téléphone sonne. Il décrocha très vite et demanda, à la différence des autres fois :
- C'est toi Justine, c'est toi ?
Personne ne lui répondit, mais il savait que c'était elle, il le savait, il l'entendait respirer pas loin de lui, tout près de lui, dans son oreille.
Alors il voulu lui dire :
- J'ai envie de te donner des baisers de papillons autour des oreilles, autour et dedans comme un petit chat.
- Alor c'est ça, tu veux faire l'amour avec moi ? dit elle.
- Euh non ! non ! se reprit-il non ! Justine ce n'est pas ça, c'est juste...
Mais elle raccrocha violemment, ou simplement, il ne le saura jamais. Et il se rendit compte qu'il n'aurait pas dû lui dire ça, comme ça. Ce n'était pas ce que Justine attendait de lui.
Et il se mit a penser que tout ça n'était peut être qu' un rêve, mais il n'en était pas sûr, ce n'étais pas sa vie, ce n'était pas la vie d'aujourd'hui ni celle où tout irait bien, où tout serait serain, celle où tout irait bien, où tout serait comme avant...
Près de l'homme assis, dans le couloir, dans le noir, il y avait une petite table de nuit où reposaient délicatement une sorte de garrot en caoutchouc beige, un briquet avec à côté des bouts de coton ; il y avait aussi une petite cuillère sale et dans un verre d'eau trempait, évidemment, une seringue...

# Posté le lundi 24 mars 2008 12:56